Today I’m listening to Eye of the Tiger, by Survivor (Rocky
IV)
J’espère que vous avez passé une bonne semaine et que vous passez un bon week-end. Il fait moche aujourd’hui à Paris, ça tombe bien, c’est l’anniversaire de Coloc et hier on a fêté ça dans les règles, donc on profite du jour du Seigneur
pour se reposer. Ca me permet aussi de vous tenir au jus de ce qui se passe dans ma vie et d’aborder un sujet palpitant : le phénomène Skins.
Concernant ma vie, tout va bien.
Concernant Skins : pour ceux qui n’ont pas d’ado à la maison, n’en sont pas un eux-mêmes ou n’ont pas un côté teenager attardé (cf
moi), je plante un peu le décor. En 2007 arrive sur les petits écrans anglais une nouvelle série labélisée « pour ados », qui ne tarde pas à faire scandale : Skins. On y découvre
une petite dizaine de lycéens qui font tâche dans le paysage télévisuel et cinématographique pour moins de 18 ans.
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Ils sont beaux, mais normaux.
C’est-à-dire, pas de muscles bodybuildés à la Twilight (Jacob !), pas de bronzage outrancier
à la The Hills, pas de quasi mannequin à la Frères Scott. Ici, ils ont des tronches d’ados anglais moyens, des corps
gaulés mais sans plus, des accents pourris…
Vernis bleu sur les ongles, résille, culotte apparente, imprimé léopard, chevelure rouge sang et frange coupée n’importe comment… Bien
sûr, le look est travaillé, mais d’une façon très anglais, très punk. Jugez plutôt :


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Ces ados ont des parents !
Généralement, les séries ado évacuent le plus vite possible le problème des parents, comme si voir quelqu’un de plus de quarante ans à
l’écran qui ne soit pas un prof allait mettre mal à l’aise les jeunes spectateurs. Ou alors, les figures des parents sont des clichés vivants : les parents hyper stricts, les parents hyper
cool, et rien entre les deux. On ne peut pas dire qu’on voit énormément les géniteurs des héros dans Skins ; mais l’effort est assez louable pour être souligné. Les parents sont vus en train
de se débattre dans leurs propres problèmes, mais uniquement quand cela affecte leurs enfants, ce qui me semble assez réaliste considérant la tendance au narcissisme symptomatique de
l'adolescence. Par contre, aucun de ces adultes pourtant visiblement pas trop bêtes n’a aucune idée de ce que traficote son rejeton : ils ne surveillent ni les sorties, ni les
fréquentations, et ne s’inquiètent jamais quand la prunelle de leurs yeux découche.
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Ils ne prennent rien au sérieux.
Oubliez les déclarations d’amour enflammées, les ruptures à
répétition entre Paige et Scott, les larmes toutes les cinq minutes et les notes de piano en fond sonore pendant que l’héroïne déprime dans sa chambre. Dans Skins, rien n’est sérieux. Les couples
ne peuvent pas rompre, puisqu’ils ne sont jamais vraiment ensemble. Les amis se mettent quelques coups de poignard dans le dos, mais finissent par se rabibocher car finalement ça n’avait pas
tellement d’importance. Les « autres », hors de leur petit groupe d’amis, ils ne s’en occupent jamais. L’avenir et les cours ne sont jamais mentionnés, contrairement aux séries
américaines où il y a toujours une blonde qui se demande comment elle va faire au moment de partir à la fac et de quitter son copain. C’est comme si le seul horizon des teenagers de Skins était
en continuer à moisir dans leur ville anglaise moyenne ad vitam eternam.
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Ils aiment les « paradis
artificiels »
Cigarettes, alcool, shit, drogues dures, champignons hallucinogènes, colle, tout y passe. 4 pintes avant d’aller en cours. Pas une
soirée sans pilules. Fumer des joints dans sa cabane au fond du jardin, le kif. Bref, ces lycéens ne sont jamais sobres. Ce qui explique pourquoi leur vie paraît irréelle, surréaliste, comme sur
un nuage. Les sorties dans des boîtes underground où les gens sont habillés n’importe comment et font n’importe quoi représentent une part importante de leur quotidien. Une BO originale et
pseudo-punk renforce le côté « sex, drugs, and rock’n’roll ».
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Faisons l’amour, pas la guerre
A l’inverse des séries US, où il y a au moins une petite fille modèle investie dans une ligue d’abstinence, ou des séries françaises,
où à 17 ans on ne dit que « faire l’amour » pour parler du sexe et où on ne le fait que dans « de bonnes conditions », le moins qu’on puisse dire est que dans Skins les ados
sont libérés. Pour faire simple, pas une situation qui ne puisse se régler par le sexe, et tout le monde a au moins une fois couché avec tout le monde dans le groupe d’amis. On se déteste ?
On n’a qu’à coucher ensemble, pour voir. On est irrésistiblement attiré l’un par l’autre mais en couple chacun de notre côté ? On s’en fout, on passe à l’acte dans une salle de classe vide.
Un garçon puceau et une fille lesbienne sont de bons copains ? Pas de problème, elle propose de coucher ensemble pour faire sa BA. Il faudrait plus de filles comme elles en prépa
d’ingénieurs ! Toutes les combinaisons sont donc possibles, chaque épisode comprend son lot de rebondissements toujours inattendus dans ce domaine-là !
Voilà en gros les spécificités de cette série, qui en est à sa quatrième saison et qui véhicule toujours un parfum de souffre. Les
ados en redemandent, les parents ne connaissent généralement pas : tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Seulement, peu après la première saison de la série, est
apparu un phénomène concomitant (classe, ce mot, pas vrai ?) : les Skins party. Certains disent
qu’elles ont été inspirées par la fin du dernier épisode de la saison 1, qui montrait une énorme orgie/fête se déroulant dans l’appart d’un des personnages (cf photo ci-dessous).

Des petits malins ont donc senti un filon et se sont mis à organiser des Skins party,
c’est-à-dire des fêtes complètement démentes, « no limit », ouvertes aux mineurs (même s’ils n’ont pas le droit de consommer de l’alcool à l’intérieur), qui ont lieu dans des lieux soit
à moitié illégaux (en plein air, dans un parking), soit totalement redécorés de façon délirante (avec une nette tendance à la régression à coups de couleurs vives, de peluches et de pistolets à
eau). Les réseaux sociaux ont permis à l’idée de vraiment prendre de l’ampleur : en France, il existe une quinzaine de groupes « Skins party » sur Facebook. Tout le monde peut
joindre. La date de l’évènement est communiquée à l’avance, mais pas le lieu. Les ventes des places ont lieu quelques heures avant, dans un bar. Puis, une heure avec l’heure de début de la
soirée, les inscrits reçoivent un message Facebook leur indiquant le lieu de la Skins. Deux exemples de sites : Secret Skins Party et
French Skins Party.
A partir d’une série, on peut donc faire de l’argent et faire du buzz. Mais les Skins sont-elles vraiment aussi déjantées que dans la
série ? Honnêtement, je n’y suis jamais allée, vu que es trois quarts des participants sont mineurs et que j’ai atteint depuis longtemps l’âge de raison (ou du moins, j’aime à le penser).
Heureusement, Envoyé Spécial, l’émission de reportages de France 2, a devancé mes désirs et a diffusé la semaine
dernière un document qui parlait des Skins. On y suivait une jeune fille et ses amis qui participaient à une soirée en région parisienne. Après une galère d’une heure en métro+RER+marche à pied,
ils arrivaient enfin au lieu-dit, un hangar désaffecté. Le tout était plongé dans le noir, avec la musique à fond. Prometteur, me dirait-vous. Seul souci : vers 2h30 du matin, les lumières
se rallument et la musique s’éteint ; le proprio annonce que la fête est finie. Dommage ! On apprend aussi le lendemain que ce soir-là, deux jeunes filles se sont fait embarquer dans
une voiture par deux inconnus et ont disparu. Bonjour l’ambiance. Dans une autre Skins que la 2 « infiltrait », on voyait cette fois une péniche où se pressaient des ados boutonneux,
qui se faisaient un jeu d’embrasser tout le monde avec la langue et de trop boire. Pas exactement à la hauteur de la série, les gars. Mais c’est peut-être mieux comme ça, après tout.